La parole aux syndicats d’enseignants : la FENECO en République Démocratique du Congo

La parole aux syndicats d’enseignants : la FENECO en République Démocratique du Congo

Après le Niger, nous continuons nos interviews des représentants des syndicats d’enseignants avec Jacques Taty, de la République Démocratique du Congo.

Propos recueillis par Pierre Varly, le 9 avril 2020

Jacques Taty est Professeur de philosophie et de mathématiques à Kinshasa et 

Secrétaire général adjoint du chargé de recherche et de développement de la FENECO.

Jacques Taty professeur et syndicaliste République Démocratique du Congo
Jacques Taty

Plus vieux syndicat des enseignants de la République Démocratique du Congo, la FENECO/UNTC a été créée le 23 juillet 1967 à Kinshasa.

Voir la page Facebook de la FENECO/UNTC.

Historique du syndicat

Rattaché à l’UNTC, le syndicat a été créé à l’époque de Mobutu et de l’ouverture de la liberté syndicale. Le syndicat est étendu sur l’ensemble de la république. Il y a plusieurs syndicats et une liberté syndicale au Congo. Le syndicat mène plusieurs actions malgré la morosité ambiante. 

Quelles sont les actions du syndicat (avant le COVID) ?

A l’issue des travaux, appelés  » Travaux de Bibwa » ( Bibwa est une banlieue de Kinshasa) entre d’une part le banc gouvernemental et le banc syndical d’enseignement primaire, secondaire, professionnel et technique d’autre part, il s’est dégagé plusieurs recommandations dont l’une d’elles était une urgence : l’identification des enseignants non payés (N.P) et des nouvelles unités (N.U) pour que ceux-ci soient mécanisés par le service de contrôle et de paie des enseignants (SECOPE) Comment comprendre que quelqu’un travaille mais ne touche rien à la fin du mois? Un de credo du nouveau régime est de payer un salaire décent aux enseignants ( attendons voir).

Selon les statistiques du SECOPE, sur les 484 155 enseignants qui sont recensés, 132 000 n’étaient pas payés. Ce sont les statistiques officielles qui sous estiment un peu le nombre d’enseignants non payés.

Quel est le statut des enseignants et des écoles en RDC ?

En RDC, les enseignants ont un statut particulier, celui de travailleur contractuel.

L’État dans sa politique de gestion des établissements publics, travaille en partenariat avec les tiers personne physique ou morale.  C’est ainsi que l’État a fait une convention avec des communautés religieuses en leur confiant la gestion de certains établissements publics privés agréés par une gestion indirecte dans le cadre de ce partenariat éducatif adopté comme stratégie de gestion.

Quels sont les autres points de négociation ?

Lors des travaux de négociation à Bibwa, nous avions travaillé sur 5 axes majeurs:

   1. Retraite des enseignants ;

   2. Carrière des enseignants ;

   3. Rémunération des enseignants

   4. Question des enseignants Nouvelles.Unites et Non Payés ;

   5. Gratuité de l’enseignement primaire.

Ensemble avec le banc gouvernemental, nous avions signe un protocole d’accord le 18 décembre 2019.

Il sied de rappeller que ce protocole s’inscrit dans le cadre de la revalorisation du travail  de l’enseignant, car depuis la situation de l’enseignant congolais était poreuse, il a fallu traversé un désert jusqu’en 1991 pour signer les ordonnances 91-231 et 91-232 du 15 août pour redorer le blason terni de l’enseignant. Malheureusement, ces deux ordonnances souffrent encore de leur exécution.

Comment est structuré le syndicat ?

Il y a un secrétaire général, accompagné d’adjoints et au niveau des provinces il y a des secrétaires provinciaux. Voir l’organigramme ici.

Comment communiquez-vous avec votre base ?

Il y a une page Facebook, il y a un groupe whats app qui ressemble les responsables de Kinshasa et les provinces. Parfois, il n’y a pas de réseau dans certaines parties de la République.

Cela facilite le travail des syndicats pour communiquer, donner des informations sur les activités, rendre compte des actions.

Comment formez-vous ces membres ?

Les outils numériques ne permettent pas de former les membres car l’Internet coûte assez. Mais quand il faut former, on fait passer un message et les membres se retrouvent. Dernièrement en mars, on a formé les membres sur l’implication des femmes.

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Description générée automatiquement

Les formations sont organisées en province parfois avec des modules.

Quelles sont vos sources de financement ?

Comme tous syndicat, nous avons les cotisations des membres. Il y a aussi une subvention de l’État chaque mois. Le syndicat est aussi affilié à l’Internationale de l’Education.

Quelles sont vos relations avec les bailleurs de fonds ?

Nous sommes associés parfois à des formations. Pendant la journée mondiale des enseignants, nous nous sommes entendus avec l’UNESCO en octobre 2019. Mais souvent c’est difficile, malgré de bons rapports avec les bailleurs de fond. Selon mon expérience, il n’est pas facile de se faire financer, à part par l’UNESCO, les autres sont un peu réticents.

Faites-vous partie d’une coalition de le société civile ?

Il y a boire et à manger car beaucoup viennent quand il y a des intérêts. Mais nous formons une grande coalition dans la coalition pour l’éducation pour tous.

Et au niveau de la coopération des syndicats d’autres pays ?

Avant il y avait beaucoup de mobilité, mais cela s’est un peu tari. Nous avons envoyé des membres féminins au Cameroun, mais ces 3 dernières années, il y a peu d’actions internationales.

Que faites-vous comme études et recherches ?

Les études que nous avons produites concernent la compréhension de l’impact du syndicat sur les syndiqués et l’intérêt de se syndiquer. Nous aurions voulu avec d’autres pays développer ces études pour voir comment les syndicats peuvent changer la donner au niveau des politiques éducatives.

En Afrique, les conditions d’enseignement sont de plus en plus difficiles et loin des standards définis par l’UNESCO. Mais nous n’avons pas les moyens pour nous perfectionner et faire ces études.

Est-ce que les syndicats sont suffisamment équipés techniquement pour peser dans l’élaboration des politiques éducatives ?

Très peu des syndicats sont équipés (pourcentage très dérisoire) mais la majorité sont très mal préparés techniquement, ou carrément mal formés. Si bien que le gouvernement connaissant la misère des syndicalistes et la faiblesse de leur formation, profite pour imposer sa politique de façon unilatérale. Et parfois, lorsque les discussions avec les syndicats semblent être tendues, le gouvernement recoure au grand moyen (argent): signer le protocole avec un paquet des billets à côté. C’est ainsi que beaucoup disent que les responsables syndicaux, parce qu’il s’agit d’eux, sont des  » corrompus ».

Par exemple, les syndicats ne sont pas forcément associés aux analyses sectorielles.

Les experts ont pris un peu la part du lion dans ce domaine. Souvent aussi les personnes désignées ne sont pas forcément les techniciens au niveau des syndicats. Mais il serait possible de mieux former les syndicats.

Finalement dans les pays du Sud et en Afrique, c’est l’État qui a le pouvoir et non les syndicats. Aussi, dans le cas des grèves, parfois il y a des arrangements qui sont faits. Il devrait y avoir un contact permanent entre les États et les syndicats, mais les syndicats ne pèsent pas encore assez.

Merci beaucoup pour ces informations utiles.

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