Nous vivons dans un monde anglo-saxon : où es-tu Napoléon ?
Le monde anglo saxon

Nous vivons dans un monde anglo-saxon : où es-tu Napoléon ?

Histoire personnelle

 J’ai commencé à travailler dans l’éducation quand j’ai intégré l’institut de statistiques de l’UNESCO en septembre 2001. J’étais enthousiaste et garni des meilleures intentions en même temps reconnaissant de la chance qui m’était offerte. J’avais un peu voyagé et j’étais vraiment passionné par l’autre et la découverte de nouvelles cultures et civilisations.

J’étais dans un open space avec mes camarades qu’on appelait les général service staff et nous étions quelques assistants spécialistes du programme à les coacher. Puis dans les box autour de nous il y avait les P3, spécialistes du programme,  personnel intermédiaire du Portugal du Mexique et du Canada. Déjà l’open space, le ton était donné, c’est l’Amérique.

Le recrutement était local pour le général service staff et international mais non soumis à la représentation géographique pour les professionnels. À l’Unesco en effet il y a une sorte de quotas en fonction de votre pays qui ne s’appliquait pas au recrutement à l’institut statistiques de l’Unesco. C’est pour ça qu’en tant que français j’ai eu la chance d’être recruté sur la base de mes compétences, ne disposant d’aucun réseau.

On sait jamais sur un malentendu ça peut marcher.

L’arrogance anglo-saxonne contre l’arrogance française

La directrice de l’institut était anglaise et tous les P5 c’est-à-dire les chefs étaient anglo-saxons soit Canadiens anglophone soit Anglais. À part un cas, les Africains étaient relégués au rang de general service staff ; la directrice avait ses têtes dont les francophones ne faisaient pas partie. C’était il y a 20 ans et on peut parler maintenant mais c’était une très mauvaise gestion, l’ambiance de travail était pourrie.

Globalement l’idée la directrice de l’ISU était de montrer au monde et à l’Unesco, dont le siège est à Paris, que les anglo-saxons étaient les meilleurs gestionnaires et plus intelligents que les francophones. Elle nous méprisait gaillardement et ne s’en cachait pas.

M’attendant à travailler au top du top avec les rois du monde, j’ai été déçu. Ce n’était pas top of the Pop mais top of the flop, car l’ISU n’a jamais réellement rempli son mandat. Les données sont encore trop manquantes et il faudrait tout un rapport pour lister ce qui ne va pas dans cette institution en termes de produits sans parler du management. L’ISU géré par une killer Queen

Pourtant, j’avais comme chef un canadien anglophone très sympa et efficace et je m’entendais bien avec lui. Je rends hommage à ce monsieur : Doug Lynd. J’ai toujours eu dans le travail une mentalité plus anglophone c’est-à-dire plus efficace et moins dans le bla-bla que les francophones et notamment les Français. Vous allez me dire, ce sont des préjugés, oui et j’assume. Mais des préjugés validés par vingt ans de pratique.

Quand les Américains, les Anglais, les Canadiens font une présentation c’est Right to the point alors que les Français et les francophones produisent moult verbiages et théorie fumeuse. Depuis 20 ans j’ai eu l’occasion de collaborer avec eux notamment les Américains.  Dernièrement à l’Unesco, j’ai eu une très belle expérience de collaboration. Mais on notera que nos amis américains ne sont pas avares d’arrogance, manque d’empathie et d’ouverture d’esprit envers l’autre. Bien sûr il y a des exceptions qui confirment la règle.

Si les anglo-saxons ont pris le pouvoir dans ce monde c’est parce que les français sont trop divisés, mal organisés et mal gouvernés. En un mot : mauvais ! Et les français n’ont en fait aucun véritable allié ou peuple ami.

Surtout quand l’autre pauvre con Sarko détruit la Lybie et déclare : « Le peuple africain n’est jamais vraiment entré dans l’histoire ». Comment se faire des ennemis en une phrase !

Les français hors du jeu

Savez-vous que le français est la langue officielle de l’UNESCO ? puis viennent ensuite 6 autres langues. La directrice de l’ISU ne parlait bien sûr aucune langue étrangère mais il y avait quand même des compétences à ce niveau dans le staff qui faisait un effort pour parler français. Forcément au Canada, vous êtes en plein dans la guerre francophone-anglophone voyez-vous, symbolisée par loi 101.

La langue de travail de l’UNESCO c’est l’anglais en pratique et le français a carrément disparu. Je me suis retrouvé dernièrement à faire des meetings avec une personne de nationalité française à l’Unesco en anglais ! Il faut dire que les Français sont un peuple difficile à manier et qu’ils ont mauvaise réputation avec une certaine forme d’arrogance. Je ne fais pas exception à la règle loin de là, mais avec l’âge je me suis calmé.

Le français a disparu et c’est un comble quand on sait que la directrice générale de l’Unesco est française.  En soit, les Français ne sont pas en reste dans les organisations internationales, plusieurs collègues qui sont restés dans le système occupent de bonnes positions et se montrent relativement solidaires entre eux. Je me tiens à bonne distance du réseau de coopération français pour diverses raisons.

Force est de constater qu’au niveau de l’UNESCO ce sont quand même les anglophones qui dominent au niveau de la langue et donc de la pensée. C’est particulièrement vrai dans l’équipe du Global Monitoring report qui est une chasse gardée anglo-saxonne voir anglaise. La plupart du staff est anglophone, de même que les contributeurs au rapport mondial de suivi de l’éducation. Le directeur a été formé à Oxford.

La langue anglaise : tête de pont du libéralisme

Derrière la langue anglaise se cache une certaine uniformisation des esprits rangés derrière la barrière du libéralisme et du néo public management.

L’anglais a contaminé l’entreprise en France et le monde et imposé des méthodes de management qui sont complètement en décalage avec les réalités culturelles qu’elles nie. À ce stade vous vous dites mais qu’est-ce que vient faire l’éducation là-dedans ?

Et bien c’est dans l’éducation justement que l’on essaye d’imposer des méthodes de management des entreprises notamment dans les pays du Sud alors que le système de valeurs, de solidarité, de fonctionnement mental et culturel ne s’y prête pas. Gestion par les résultats, agences spécialisées, privatisation rampante voilà le programme.

En fait la plupart du staff des organisations internationales proviennent de différents pays et  nationalités mais bien souvent ont fait leurs études dans les universités anglo-saxonnes notamment aux États-Unis et en Angleterre. La France a perdu la bataille des idées et ce n’est pas l’IREDU qui va rivaliser avec la Stanford Graduate School of Education encore moins l’obscur Master en coopération internationale en Education et Formation de Paris V.

Dans mon domaine par exemple, l’évaluation des acquis et la psychométrie, il n’y a pas de formation universitaire française qui tienne la route et ce sont les Belges et les Canadiens qui tiennent le haut du pavé dans l’espace francophone. Il en est de même avec la pédagogie ou ces mêmes belges et canadiens ont pu imposer l’approche par compétences au nez et à la barbe du CIEP.

Les anglo-saxons ont dominé le monde car les Français se sont affaiblis et se sont effondrés sur eux-mêmes. On a perdu à Waterloo et à Moscou. C’est fini.

Vers un monde meilleur ?

Mais j’entends par là de vieilles puissances millénaires, des dragons et des ours se réveiller au son de la bossa nova. Il est grand temps que d’autres acteurs viennent prendre le relais et supplantent la vieille Europe fatiguée et le nouveau monde qui n’est plus tant nouveau et qui, lui aussi, a déçu.

Un nouveau leadership est souhaitable et souhaité par les populations du Sud, notamment en Afrique. Il faudrait une sorte de Napoléon, mais pacifique et gentil, respectueux des peuples et des cultures. L’affaire n’est pas gagnée ! Nous cherchons encore la lanterne dans la nuit, l’empereur ou l’impératrice du bien.

This Post Has One Comment

  1. Jacques Tati Mwakupemba

    c’est un témoignage d’une personne qui a travaillé au sein du système. On sens son ras-le-bol après avoir constaté toutes ces discriminations internes, l’imposition du culture anglo-saxonne qui pragmatique au dépens du français centré autour des verbiages et arrogance parfois béante.
    Depuis la création de l’UNESCO, le jeu politique s’en est beaucoup mêlé transportant la lutte des influences de l’échiquier international vers le terrain de la science et la culture.
    Pour qu’un nouveau leadership émerge, il faut chasser toute forme de discrimination et mettre en place une égalité de chance à toute les culture . Il faudrait aussi chasser l’esprit selon lequel ce sont les grands contributeurs financiers qui imposent leurs politiques. Les pays du Sud possèdent des personnes compétentes, capables d’apporter un nouveau leadership mais ils sont mal introduits, beaucoup des portes leur sont fermées. Pour autant que rien n’est fait, c’est-à-dire, aucune disposition n’est prise pour chasser toute forme de discrimination, de mépris, au sein de la maison UNESCO, nous resterons là pendant des longue année à constater la suprématie des uns par rapport aux autres. Qu’à cela ne tienne, le monde fait sa route et qu’on n’oublie pas qu’aucun système n’est resté éternel. L’histoire du monde nous en dit plus.

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