Quelle valeur de diplôme à l’ère de la COVID-19 ?
Élèves de l’école Sainte Agnès, août 2020, par Jacques Taty

Quelle valeur de diplôme à l’ère de la COVID-19 ?

Par Jacques Taty Mwakupemba

Dédicace

Le 27 août 2020, cinq élèves ont été lâchement assassinés par les miliciens dans le territoire de Masisi dans le Nord-Kivu, alors qu’ils passaient le TENAFEP (Test National de Fin d’Etudes Primaires). Nous condamnons énergiquement cette pratique. Quelles qu’en soient les revendications politiques, rien ne peut justifier un tel acte ignoble et barbare. Assassiner les enfants, c’est assassiner l’avenir d’une nation. Nous dédicaçons cet article à ces enfants de la RD Congo en leur rendant hommage et en général aux autres enfants qui se retrouvent dans les zones  de pays en conflit.


Quelle sera la valeur des certificats et diplômes que l’Etat congolais va octroyer aux écoliers, élèves et étudiants de fin de cycle de cette année ? En effet, depuis le 10 août 2020, le ministère de l’enseignement primaire, secondaire et technique a ouvert les écoles avec seulement les classes terminales, pour préparer les écoliers et élèves aux évaluations certificatives. Cette réouverture s’est faite après que les enfants sont restés à la maison pendant presque cinq mois suite à la pandémie de COVID-19.

La COVID-19

Afin de stopper la propagation de la pandémie qui a secoué le monde et de protéger les vies humaines, plusieurs mesures drastiques ont été prises parmi lesquelles la fermeture momentanée des écoles. Pour ne pas pénaliser la formation des enfants, les sciences et technologies ont été mises à contribution avec le recours au numérique avec l’enseignement à distance pour permettre aux enfants de continuer à apprendre. Le recours à cette méthode qui existe déjà dans les pays du Nord sera expérimenté pour une première fois dans les écoles des pays du Sud dans un contexte particulier, celui de la fragilité et même du manque des infrastructures adéquates d’enseignement.  Cela n’a pas permis aux enfants (écoliers et élèves) de poursuivre leur apprentissage, comme le souligne le récent rapport de l’UNICEF, d’après lequel « au moins un tiers des écoliers dans le monde n’ont pas pu accéder à l’apprentissage à distance lorsque la pandémie de Covid-19 a contraint leurs écoles à fermer leurs portes. »

Cette expérience de l’enseignement à distance met en exergue les inégalités importantes existantes entre les régions du monde. L’Afrique est bien épinglée en effet : « les écoliers des pays d’Afrique subsaharienne sont les plus touchés, au moins la moitié d’entre eux ne peuvent pas être atteints par l’apprentissage à distance ». A ajouter plus loin qu’« au moins 70% des écoliers en âge préscolaire – 120 millions d’enfants – ne peuvent pas être atteints, en grande partie en raison des défis et des limites de l’apprentissage en ligne pour les jeunes enfants, d’un manque de programme d’apprentissage à distance pour cette catégorie d’enseignement et du manque d’actifs domestiques pour l’apprentissage à distance ».

Depuis l’assouplissement  des restrictions liées aux confinements et les appels de plusieurs agences comme le renchérit le rapport de l’agence onusienne « Unicef exhorte les gouvernements à donner la priorité à la réouverture en toute sécurité des écoles », le ministère de l’enseignement primaire, secondaire et technique a décidé de recouvrir les écoles avec seulement les classes terminales pour permettre aux écoliers et élèves de terminer leur année scolaire. En effet, la fin de chaque cycle est sanctionnée par l’organisation des évaluations certificatives (le Test National de Fin d’Etudes Primaires, au secondaire l’Examen d’Etat et au supérieur la défense des mémoires de fin d’Etudes). Qu’en est-il de la RD Congo ?

Cette année scolaire semble être particulière de manière globale. En RDC, cela est dû d’une part à la pandémie de la COVID-19 à l’échelle mondiale, occasionnant la fermeture des écoles durant cinq mois, et d’autre part dû à un contexte particulier, celui de la mise en application effective de la politique de la gratuité à l’enseignement primaire telle que soulignée par la loi-cadre n°14/004 du 14 février 2014 de l’enseignement national.

Si la mise en application de cette loi avait été applaudie pour certains, elle n’avait pas été bien appliquée pour d’autres, occasionnant plusieurs perturbations dans le déroulement des enseignements. Un tiers d’écoles ont pu observer la grève en suspendant les enseignements durant un à deux mois entre novembre et décembre 2019, spécialement les écoles catholiques de la province de Kinshasa, Kwilu, Kwango, Nord et Sud Kivu, Haut Katanga pour ne citer que celles-là.

Écoliers de l'école primaire Sainte Thérèse/ Kinshasa/ RDC
Écoliers de l’école primaire Sainte Thérèse/ Kinshasa – N’djili, avant le début de TENAFEP. Par Jacques Taty Mwakupemba, le 26/08/2020

Ainsi, cette question de la réouverture d’écoles a suscité un grand débat sur sa finalité, chez les acteurs et experts du secteur de l’enseignement. Dans une première thèse, certains n’ont pas eu leurs langues en poche pour appeler carrément à une année blanche. D’autres par contre, dans la deuxième thèse, soutiennent l’organisation des évaluations certificatives. D’après la Loi-Cadre susmentionnée et les instructions officielles, une année scolaire a 222 jours. Elle peut être validée si elle totalise au minimum 180 jours d’enseignements. A en croire le camp qui soutient la réouverture et l’organisation desdites épreuves, en fermant les écoles le 18 mars 2020, les écoles avaient déjà totalisé 150 jours et il ne restait que 30 jours pour que cette année scolaire soit au minimum validée. Cette thèse est rejetée par l’autre camp sous prétexte qu’avec les grèves répétitives de novembre et décembre et la démotivation des enseignants suite aux questions salariales, l’année a été nulle et les élèves n’ont pas reçu une formation consistante. Les deux thèses continuent à s’affronter jusqu’au moment où nous mettons ces lignes en musique.

Qu’à cela ne tienne, le ministère a balayé d’un revers de la main la première thèse et a décidé la réouverture des écoles le 10 août. Cette fois-ci, c’est du marathon organisationnel de 30 jours de rattrapage des cours qui sera couronné par l’organisation des évaluations certificatives coûte que coûte dans les primaires et secondaires.

Élèves de l’école Sainte Agnès, août 2020, RDC
Élèves de l’école Sainte Agnès, août 2020, par Jacques Taty

Comme sait l’opinion congolaise, l’organisation des évaluations certificatives génère des sommes astronomiques d’argent. Tous les parents ayant les enfants dans les classes terminales, doivent débourser les frais de participation des candidats. Au primaire, les écoles privées doivent payer pour chaque candidat dix-sept mille francs congolais (équivalent à $8) (Les écoles primaires publiques ayant été exemptées dans le contexte de la gratuité) et au secondaire tous, publiques et privées doivent par candidat quatre-vingt cinq mille francs (équivalent à $42,5). Il faudrait aussi souligner la gourmandise de certains responsables d’écoles qui excellent dans le gonflement de ces frais. Dans une crise économique exacerbée par la pandémie de la Covid-19, l’impression serait que les autorités sectorielles veulent à tout prix récupérer cette masse monétaire qui traine chez les parents. Quand on sait que l’autorité numéro un de notre secteur est lui-même promoteur des écoles privées, comment sera-t-il juge et partie ?

Ce décor ainsi planté et connaissant la situation de précarité de la République Démocratique du Congo dans le sous secteur de l’enseignement, nous posons une question de : quelle valeur auront les diplômes à l’ère de la COVID-19 ?

 

Cet article a 2 commentaires

  1. ABASSA

    A l’ère COVID19, les diplômes auront la coloration morbide de l’ère COVID19.

Laisser un commentaire